Légende urbaine

Publié le par Sloche

Un texte écrit à l'occasion d'un concours sur les légendes urbaines.

 

Légende urbaine

 

Je marche. Autour de moi, un couloir sombre. Des bougies éclairent faiblement les murs. Mes pas résonnent sur un carrelage que je ne vois pas, enfouis dans les ténèbres. Je pose un pied sur le sol noir sans savoir s’il sera encore présent au prochain pas, ou si l’obscurité m’emportera avec elle. Pourtant je continue mon chemin, à vrai dire je ne sais même pas si mon corps m’obéit. Tant pis, qu’il fasse ce qu’il veut, je suis bien trop fatigué pour le commander. Un pas de plus, et un autre, sur le sol incertain. Je sais que quelque chose va m’arriver.

Aucun détail ne me parvient, rien de plus que le couloir devant moi, l’enfilade de bougies qui le ponctuent, et le sol sombre et terrifiant. Quelqu’un pourrait-t-il se cacher ? Dans les profondeurs de ce couloir qui semble infini ? Tapi dans les ombres au sol, prêt à bondir ou à m’attraper les pieds à chaque instant ? Quelqu’un ou… Quelque-chose… Et si… On m’attaquait par l’arrière ?

Reprenant le contrôle de mon corps, je me tourne. Derrière moi, les bougies sont éteintes, l’obscurité est totale. Mais je sens une présence, on m’observe. Ça me suit depuis longtemps, j’en suis sûr. Sans attendre, je me retourne et je tente de courir vers la pâle lueur des bougies, mais mes membres sont lourds et engourdis, et je ne fais que rester sur place.

Ça se rapproche. Dans un ultime effort pour fuir, je tombe. Ma chute vers le parterre plongé dans le noir dure, et je vois des mouvements autour de moi, comme des formes, des choses, qui me regardent, qui m’ont piégé, je les entends rire. Le choc avec le carrelage se rapproche, mais n’arrive pas, je ne heurte rien, je suis absorbé dans les ténèbres. Lorsque je regarde vers le haut, je suis pris d’un vertige, et je vois au loin, bien trop haut pour que je puisse l’atteindre, la lumière qui s’éloigne.

Soudain, je me réveille. J’ai du mal à respirer, et je tremble. Je scrute les alentours, distinguant à peine où je suis à la lumière pâle de la lune. Quelque chose bouge à côté de moi, et j’entends le clic de la lampe.

Tout à coup, la lumière envahi la pièce et je suis contraint de fermer les yeux quelques instants. Quand je les ouvre enfin, inquiet, ma sœur Lindsay me regarde, intriguée.

« Mais qu’est ce qui te prend ? » chuchote-t-elle.

Je me redresse en grommelant.

« J’ai fait un cauchemar. »

Elle sourit.

« Gros bébé ! C’est à cause des histoires d’horreur d’hier, ça !

_ Mais bien sûr que non. »

Elle s’étire et attrape une bouteille d’eau au pied de son lit, puis, elle fouille sur sa table de nuit, trouve le réveil et me montre : trois heures et quart. Soupirant, elle tend la main vers l’interrupteur pour éteindre la lumière.

« Non, attends ! »

La main sur le bouton, elle tourne la tête vers moi.

« T’as peur du noir, maintenant ? »

Je fais non de la tête tout en cherchant un prétexte à lui présenter.

« Faut que j’aille me passer la tête sous l’eau, j’ai trop chaud.

_ C’est ça, ouais… »

Je me lève et je sors de la chambre.

« Je reviens.

_ Te fais pas manger par les loups ! »

Ignorant ses critiques, je déambule dans le couloir et prends soin d’allumer toutes les lumières. J’entends mes pas sans être sûr que ce soient les miens. C’est dingue comme les rêves peuvent me perturber.

Pour ma rassurer et pour couvrir les bruits que je n’arrive pas à identifier, je chantonne.

« Si j’avais un marteau… »

Ma voix tremble légèrement et mon cœur bat à 100 à l’heure. Je suis angoissé, et bien trop fatiguée pour penser raisonnablement.

Au bout de mon périple, j’entre dans la salle de bain et laisse couler l’eau pour m’en asperger les cheveux. Il y a une fenêtre à côté du miroir, et dans le noir j’ai toujours peur que quelqu’un passe sa tête derrière la vitre. Un fou, un pantin, une poupée, une petite fille aux yeux exorbités… Rien que de penser que quelqu’un puisse surgir, j’en frissonne.

Je coupe l’eau et m’essuie les mains. Le silence règne à nouveau dans la maison.

Soudain, un craquement derrière moi. Je tourne les talons pour faire face à la penderie. Mon cœur palpite alors que je cherche l’origine du bruit.

Rien n’a bougé, je me suis inquiété pour rien. Comme d’habitude. Je dois me calmer.

Pourtant, un nouveau son m’inquiète, un tapement feutré et régulier. C’est comme quelqu’un qui marche dans la maison, même dans le couloir. Quelqu’un qui s’approche, qui est tout près.

Inconsciemment, je me rue sur la porte et la verrouille, puis je retire brusquement la clef pour regarder par le trou de la serrure. Mais je ne vois rien, tout est noir. La lumière du couloir s’est-elle éteinte ? Ou alors… La chose est juste là et me regarde !

Je fais un bond en arrière, laissant échapper la clef.

Il me voit, il m’observe, j’en suis sûr.

Soudain, la lumière s’éteint. L’interrupteur est de l’autre côté de la porte, j’aurais dû y penser ! Je tâtonne autour de moi pour retrouver la clef.

« Mais qu’est-ce que tu fous ? »

C’est Lindsay.

« Rallume ! J’ai perdu la clef !

_ Tant pis pour toi !

_ Allez, dépêche ! »

Je ne suis pas rassuré dans l’obscurité ambiante. Je n’arrive pas à faire la différence entre mon rêve et la réalité. J’ai peur d’ouvrir la porte et de me trouver à nouveau dans un couloir sombre.

Soudain, je marche sur quelque chose. Je me baisse et ramasse la clef sous mon pied. En la tâtant, je remarque qu’elle et déformée.

« Merde ! J’ai cassé la clef ! »

Je m’approche de la porte et tente d’ouvrir, mais me voilà enfermé.

« Va chercher le double s’il te plait ! »

J’entends Lindsay rire dans le couloir.

« Allez, vu que t’es bloqué là comme un débile, je vais pas te laisser sortir comme ça.

_ Fais pas chier…

_ Tu dois répéter « Bloody Mary », 3 fois de suite. 

_ Arrête ton jeu de gamine et va chercher la clef.

_ Non. 

_ Allez ! »

J’attends sa réaction. Au bout d’un moment interminable dans le noir, elle me dit :

« Je retourne me coucher !

_ Me laisse pas là !

_ Si. »

Enervé, je donne un coup dans le lavabo.

« Bon, allez, je le dis et tu m’ouvres. »

Elle ne répond pas.

« Bloody Marry, Bloody Mary, et encore Bloody Mary. »

Un frisson me parcours. Je n’ose pas me retourner. Le silence dure quelques instants, puis Lindsay répond enfin.

« J’ai dit trois fois de suite, alors tu enchaines, comme un grand.

_ Tu me soules ! Je l’ai dit, ouvre ! 

_ Non. »

Je suis collé contre la porte, prostré pour ne pas affronter l’obscurité derrière moi.

« Ouvre. »

Ma voix est plus tremblante que jamais.

« Bon, voilà, je le dis : Bloody Mary, Bloody Mary, Bloody Mary. T’es contente ? Ouvre !

_ C’était pas si compliqué tu vois ! J’vais chercher la clef ! »

Je l’entends s’éloigner dans le couloir et descendre l’escalier.

Je commence l’attente, toujours avachi contre la porte. Je suis immobile, silencieux. J’aimerais me cacher dans un trou. J’évite à tout prix de penser à l’endroit où je suis, et à ce que j’ai dit. Mais, le miroir, la fenêtre, l’invocation, le noir, rien ne sort de ma tête.

Dans le silence, j’entends une respiration. La mienne, sans doute. Pour être sûr, je bloque mon inspiration. Pourtant, j’entends toujours.

Puis, je sens un souffle sur ma nuque.

Je suis paralysé par la peur. Mon cerveau tourne au ralenti. Qu’est-ce qu’elle fout, Lindsay ? J’ai envie de hurler mais j’en suis bien trop effrayé.

Cette fois, je sens que quelqu’un est derrière moi, et que je ne rêve pas. Pas de sensation d’apesanteur, je contrôle mon corps, j’ai les yeux bien ouverts. Il y a quelqu’un derrière moi.

J’entends quelqu’un marcher à nouveau, sans savoir si cela vient de derrière moi, ou du couloir. Puis, quelqu’un introduit la clef dans la serrure et la tourne. Dans un extrême effort, je recule pour laisser la porte s’ouvrir.

La lumière envahi la salle de bain, puis ma sœur apparait, le sourire aux lèvres. Elle me regarde, puis son regard se porte sur quelque chose, derrière moi. Alors, soudainement ses yeux s’agrandissent, son expression se transforme en une grimace horrifiée. Après un instant d’indécision, les yeux rivés sur quelque chose que je ne vois pas, et elle se met à hurler.

 

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Publié dans Textes

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