Et si c'était vrai
Et si c'était vrai est un vieux texte, il date même surement d'avant Chez Nainaa. Je l'avais écrit pour un concours et puis finalement j'étais en retard alors je ne l'avais pas rendu. Le voici donc en exclusivité !
Je l'ai écrit en écoutant cette chanson : Blackbirds - Linkin Park
Et si c'était vrai...
Si c’était vrai, alors je marcherais tranquillement, sifflotant, les mains dans les poches de ma salopette à carreaux bleus, sur le petit chemin bordé d’arbres, sillonnant à travers les collines, et qui me mènerait chez moi. Je suivrais un joli caillou, bien rond, que je frapperais régulièrement tout au long du trajet, j’irais le chercher s’il partait dans l’herbe légèrement humide, et ensemble nous rentrerions à la maison. Je serais moi-même suivit par des oiseaux curieux, qui parcourraient une lieue avec moi, puis partiraient dans une autre direction. L’ombre disparaitrait au fur et à mesure du lever du Soleil, inondant le paysage d’une lumière paisible. Je m’assiérais sur une pierre pour manger du pain et des morceaux de viandes, dispersant quelques miettes autour de moi. Je verrais peu à peu se dresser devant moi le mont Meri, sur lequel s’élèverait mon village, alors j’accélérerais le pas, heureux d’être de retour. Je laisserais ici ma chère petite pierre voyageuse.
Peu à peu, je sentirais le parfum délicat des fleurs aux fenêtres des maisons, qui me rappellerait la douceur du foyer, l’odeur du bon bain bien chaud. Je croiserais plusieurs passants, qui me salueraient d’un signe de tête, ou qui échangeraient quelques mots avec moi, me demandant comment j’irais, si les enfants grandissaient bien, si les bêtes donnaient assez de lait. Alors j’apercevrais le petit portail de bois, qui m’annoncerait la fin du voyage. Je verrais six jeunes visages souriants collés à une vitre, puis la porte d’entrée s’ouvrirait devant moi, et ma femme me ferait entrer avec un air radieux. A l’intérieur, j’entendrais les cris de mes enfants, puis ils me sauteraient tous dans les bras, je ferais mine de m’effondrer sous leur poids, et ils riraient, de leurs rires enfantins et sincères. Quand le diner viendrait, nous mangerions un gros poulet rôti à la cheminée, et, assis autour de la table, chacun raconterait sa journée et ferait partager à tous sa bonne humeur. Les plus jeunes écouteraient avec une attention passionnée les aventures des parents et des ainés, comme s’il s’agissait d’histoires de princesses libérés par un beau chevalier. La nuit venue, ma femme irait coucher les enfants, puis me rejoindrait au lit.
Mais, si seulement c’était vrai… Je suis pourtant au départ de mon chemin, là où je devrais commencer à promener mon caillou, mais maintenant la seule chose que je puisse promener, est un fusil. Oubliée ma salopette bleue, le seul vêtement que je puisse porter est un uniforme jaune, à présent troué et maculé de sang. Plus loin dans la vallée, je distingue des hommes combattant, certains en jaune, d’autres en vert. Ils étaient nombreux et nous l’étions aussi. J’ai rampé jusqu’ici, en me convainquant que je serais capable de rejoindre les miens. Mais mes forces me quittent, et mes sens aussi. La seule chose à laquelle j’arrive à penser, à présent, est au bout de ce chemin, que je ne puis emprunter. Je m’imagine que l’espace entre moi et les miens a disparu, mais, si c’était vrai, je serais auprès d’eux, souriant, travaillant, partageant des moments heureux. Alors, en attendant la mort, je m’imagine avec eux.