L'annonce qui change une vie

Publié le par Sloche

Voici un texte écrit pour le concours : l'annonce qui change une vie. J'avais prévu de le faire plus long mais par manque de temps j'ai dû l'écourter. Finalement j'ai trouvé que c'était très bien comme ça. Le voici :

 

L'annonce d'une vie


« Rien de tel que le footing du matin pour se défouler ! » a dit la chaîne Sport&You il y a trois mois. Depuis, j’ai décidé de me mettre au sport régulier.

La caresse de l’air frai sur mon visage, et le contact brutal mais maîtrise de mes pieds sur le sol, j’essaye de me convaincre que c’est ça la liberté. Je choisis un petit chemin de terre, puis un autre, enfin je rentre dans les bois. L’endroit est humide, mais la lumière qui passe à travers les arbres rend ce lieu magique. Je continue ma course jusqu’à mon point de rebroussement habituel : le petit pont qui traverse le ruisseau. Là, je m’arrête pour boire un coup. L’arrêt est douloureux, comme d’habitude. C’est le moment où je prends conscience que ma respiration est trop rapide et qu’elle m’arrache les poumons à chaque bouffée, et où mes muscles, meurtris par l’effort, s’étirent et s’échauffent. Tant pis, j’oublie la douleur et je repars en sens inverse.

J’arrive à la maison, essoufflé et endolori, mais satisfait d’avoir rempli mon quota de sport pour la journée. Demain, malheureusement, je devrais recommencer. Ca me fait du bien. Du moins, je l’espère. Je pousse la porte. A l’intérieur, j’aperçois Amy, ma fille de 17 ans, qui regarde StupidStory à la télé.

« Éteins donc ça, Amy ! 

_ Laisse moi ! Déjà que c’est ta faute si je suis réveillée si tôt, tu vas pas me saouler. »

Kate, ma femme, est dans le bureau et prépare les cours des lycéens pour la rentrée. Je monte prendre une douche.

L’après midi, ma femme et moi décidons d’aller faire un tour dans la ville voisine, Rochester.

Nous nous baladons dans les rues baignées de soleil. Au bout de quelques minutes, nous arrivons à la magnifique chute d’eau en pleine ville. Nous nous asseyons sur un banc et discutons de choses et d’autres. Au bout d’une demi heure, je commence à avoir fin, ma femme et moi nous relevons donc pour aller chercher une pâtisserie.

Alors que nous marchons, nous remarquons que les gens autour de nous commencent à s’agiter.

« Que ce passe-t-il, chérie ? »

Puis, comme pour répondre à ma question, je vois le ciel s’assombrir soudainement. En quelques secondes, l’ombre vient couvrir les gratte-ciels. Tout à coup, nous voilà plongés dans le noirs, avec comme seules lueurs, les enseignes lumineuses des magasins. Les réverbères s’allument.

« Venez voir ! » hurle un homme au bout de la rue.

Sans attendre, j’attrape la main de ma femme et nous courrons le rejoindre. Des dizaines de personnes nous suivent. L’angoisse et l’excitation se mêlent dans mon esprit. Nous arrivons à l’intersection ou aucun immeuble ne nous gâche la vue, et quand je lève les yeux, je vois un halo de lumière dans le ciel. C’est magnifique. Certains brandissent leurs téléphones pour filmer la scène. Nous voyons les commerçants sortir de leurs magasins, et les passants descendre de leurs voitures pour contempler à leur tour le spectacle. J’entends quelqu’un à coté de moi :

« C’est une éclipse ! Ne regardez pas le soleil directement, ses rayons sont encore plus aveuglants. »

Une éclipse ? Ces événements ne sont-ils pas signalés, d’habitude ? Un concert de klaxonne se fait entendre. Je sens la peur m’envahir.

« Une éclipse ça se prévoit ! Quelqu’un était-il au courant ? »

Les gens se regardent, leurs yeux ronds emplis d’effrois. J’entends des dialogues de toute part.

« Pourquoi on ne nous a pas prévenu ? »

« Ils étaient au courant au moins ? »

« C’est quelle planète à ton avis ? »

« Ne regarde pas on t’a dit ! »

Puis la lumière revient peu à peu. Les réverbères s’éteignent. La foule est devenue silencieuse, les visages sont inquiets. Un viel homme grogne :

« C’était quoi ça ? Merde ! Moi j’vous l’dis c’était pas normal c’machin là. Nom de Dieu ! Qu’est ce qu’ils nous manigancent ces vicelards au gouvernement ? Dans quel monde on vit ça j’vous l’demande. »

Un vendeur de télé nous fait signe de venir vers sa boutique. J’y vais, suivi par ma femme et les badauds présents. En vitrine, on peut voir, diffusé sur une douzaine d’écrans à a fois, les Breaking News qui diffusent les images de l’éclipse. Le vendeur monte le son.

« Des images exceptionnelles qui nous viennent de caméras amateur montrent ce qui ressemble sans aucun doute à une éclipse totale de soleil, absolument surprenante car elle n’était prévue par personne. Nous retrouvons Steve Crown, notre contact à New York :

On était là tranquillement dans les bureaux du journal, et on a vu le ciel s’assombrir ! On est sorti et on n’en croyait pas nos yeux. Personne n’était au courant. On ne comprend pas ce qui a pu se passer.

Plus d’information dès que nous le pourrons. »

Petit à petit, la foule se disperse.

« Viens chérie, on rentre. »

Je ne sais pas ce que je dois penser de ce qui vient de se produire. Pas de raison de s’alerter pour une simple éclipse. En plus, je ne suis pas très callé en astronomie, c’était surement prévu. Pourtant j’ai bien entendu le journaliste dire « Personne n’était au courant. » Que dois-je en conclure ? Nous a-t-on caché quelque chose ? Peut-être étais-ce pour éviter la panique ? La situation pourrait être plus préoccupante que ce que nous pensons.

Dans la voiture sur le chemin du retour, ni Kate ni moi ne parlons. Une fois à la maison, nous allumons la télé, inquiets.

Les journaux ne parlent que de ça. On nous promet une explication de la part du président à 20h. Alors, en attendant 20h, nous restons avachis sur le canapé, regardant encore et toujours les mêmes images, de cet astre inconnu passant devant le soleil, puis continuant paisiblement sa route. Amy vient nous rejoindre et nous regarde avec des yeux interrogateurs. Alors nous lui expliquons que, pendant qu’elle était enfermée dans la maison, à chatter avec ses amis, nous avions assisté l’éclipse.

« Ouais il parait, Ben m’en a parlé. C’es carrément impossible, une éclipse ça arrive pas comme ça. 

_ Tais-toi ! Le discours du président va commencer ! »

Elle s’assied. Soudain, sur un fond de drapeau américain, le président apparaît. Il prend un ton grave.

« Chers compatriotes, et chers citoyens de la terre entière, l’heure est grave pour l’humanité. Le simple mot de secret est inacceptable dans une société libre et ouverte, c’est pourquoi je vous parle aujourd’hui avec mon cœur d’homme libre. Je vais demander aux enfants qui me regardent ou m’écoutent, de s’éloigner pour ne pas entendre ce que j’ai à annoncer ; car aujourd'hui, ce n’est pas une guerre qui a été déclarée, c’est quelque chose de bien plus meurtrier. Alors que la Terre était devenue un lieu prospère et accueillant pour tous ses habitants, humains et animaux réunis, elle va maintenant être soumise à un choc qu’elle a déjà connu et qui ne l’a pas laissé indemne. Il y a quelques années, quand j’ai pris mes fonctions aux pouvoirs de l’état, on m’a confié un secret qui devait être à tous pris gardé pour préserver l’équilibre instable que constituait nos vies, pour empêcher le chaos de ronger nos cœurs, et la panique de nous anéantir. J’ai appris, douloureusement, à vivre avec ce secret, et à gouverner sans jamais faire transparaître la moindre information à ce sujet. Je regrette d’être né, car ma naissance m’a conduit à devenir votre président, et ainsi à vous faire cet aveu : le météore, d’une largeur de 4 fois le Colorado, qui est passé aujourd’hui même devant le soleil, est un astéroïde nommé Comminatie, qui va entrer en collision avec la Terre dans deux semaines. Il n’y a aucun doute possible, sa trajectoire a été calculée des milliards de fois avec toujours plus d’exactitude, et les équations sont formelles. Lorsque la collision aura lieu, ce 25 novembre 2012 à 18h90 heure de Washington, l’impact produit décalera la Terre de son axe d’environ 5 millions de kilomètres, engendrant un changement d’orbite considérable. Au même instant, le souffle provoqué anéantira l’Afrique, lieu de l’impact, et effacera instantanément toute vie sur ce continent, puis la vague de 7km de haut engendrée par le séisme se propagera à l’Europe et à l’Asie, puis aux états unis en moins d’une minute, et viendra engloutir chaque continent. Les survivants mourront de chaud, quelques minutes plus tard, lorsque Comminatie, constitué d’une matière inflammable au contact de l’eau, aura embrasé notre planète bleue. Si toutefois il venait à rester des rescapés, ils mourraient étouffés par les gaz et les cendres qui couvriront la planète pendant 532 ans. Aucun subterfuge ne vous protégera. Aucun animal, ni même aucune bactérie n’y survivra. La question de la survie de notre société est inenvisageable. Bien des réalisateurs ont tenté de décrire un tel moment, mais rien ni personne ne peut réagir, si ce n’est vous, face à cette menace imparable. Nous avons tout tenté pour éviter la catastrophe : des missions hors de la Terre pour nous trouver un refuge, des tentatives de changement de trajectoire de Comminatie, voire de le faire exploser. MAIS ON VA TOUS CREVEERRR AHHHHHH ! VOTRE VIE DE MERDE VA ENFIN S’ARRETER ! »

Le programme coupe. Kate et Amy me regardent. Puis elles s’écroulent. Mon corps tremble. Toutes ces années à économiser, à me tuer à la tache, à supporter des collègues qui puent la transpiration et mâchouillent des chewing-gums, à faire du sport pour m’entretenir, à faire la queue au fast-food, à me priver, à faire des régimes, à gâter ma gamine insupportable, tous ça pour en arriver là ! La fin du monde, du monde que les hommes ont mis tant de temps à bâtir, cette fin là voilà. Personne ne se souviendra de nous, les terriens. Pas la moindre trace ne subsistera. C’est un cauchemar ! Cette journée qui commençait dans l’insouciance, est la pire de mon existence. Que puis-je faire maintenant ? Tout plaquer ? Je vais mourir ! Et toute ma famille, tout ce que j’ai crée va disparaître avec moi. J’ai tant de gens à embrasser, à voir une dernière fois, à insulter même. Rien ne sera pareil ces deux semaines, les deux dernières de la vie de tout le monde.

J’entends des gens hurler dans la rue. Des coups de feu ! Plus aucuns cris. Je bondis sur le canapé et commence à m’arracher les cheveux.

« POUQUOOI ? »

Cette nouvelle ne pouvait-elle pas tomber sur une prochaine génération ? Comment affronter cette situation quand on a une femme et une fille ? Que faire dans le temps qu’il me reste ? Puis-je vivre encore deux semaine comme si rien ne c’était passé ? Je dois sortir prendre l’air.

J’ouvre la porte. Mon voisin est devant mon portail, son fusil à la main. Il me vise. Il tire. Une décision de moins à prendre.

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Publié dans Textes

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