Théatre absurde
Un petit texte format théatre, pour un concours sur l'absurde.
Absurde
Un arrêt de bus dans un village. PATRICK est assis avec un carton sur les genoux.
Arrive JEAN.
JEAN : Bonjour.
PATRICK : Ah non !
JEAN : Pourquoi ?
PATRICK : Bonsoir !
JEAN (regardant le ciel) : Ah bon ?
PATRICK : Ma grand-mère disait toujours : « quand on vous dit bonjour, c’est qu’on a toujours quelque chose à cacher. »
JEAN : Elle n’était pas bête, votre grand-mère.
PATRICK : En fait c’était pas vraiment ma grand-mère. Plutôt… Un oncle au troisième degré.
JEAN : Ah je vois, j’avais un homard dans le même cas.
PATRICK : Dites… A quelle heure passe le prochain bus ?
JEAN (s’asseyant) : Ben, c’est vous qui êtes assis ici, devant le panneau, alors…
PATRICK : Mais oui, c’est vrai !
JEAN : Il passe à 10 heure 20.
PATRICK : Ah ! Donc vous saviez !
JEAN : Oui.
PATRICK : Vous habitez dans le coin, alors ?
JEAN : Pas du tout.
JEAN : Alors, comment le saviez-vous ?
PATRICK : Je suis le chauffeur.
JEAN : Comment ça ?
PATRICK : Comment, comment ça ? Vous n’en avez jamais vu ?
JEAN : Pas d’aussi près.
PATRICK : Et comment vous me trouvez ?
JEAN : Plutôt pas mal.
PATRICK : Et il arrive dans combien de temps, votre bus ?
JEAN : 10 heure 20 que j’vous ai dit.
PATRICK : La vache !
JEAN : Quoi donc ?
PATRICK : C’est que… Vous avez une façon de le dire…
JEAN : Excusez-moi.
PATRICK : Je vous en prie, vous pouvez me vouvoyer.
JEAN : Chouette ! Ce sera mieux ainsi.
PATRICK : C’est pas un peu tôt ça, pour un bus ?
JEAN : Ah, vous trouvez ?
PATRICK : Chez moi, ils passent plus tard.
JEAN : Et où vous habitez donc ?
PATRICK : Dans la petite rue à gauche.
JEAN : Ah bon. Joli coin.
PATRICK : J’vous le fait pas dire.
JEAN : C’est quoi que vous avez dans cette boite ?
PATRICK : Rien d’important, deux trois trucs.
JEAN : Enfin, ça a l’air important, non ?
PATRICK : Bof. Vous la voulez ?
JEAN : Pourquoi pas.
Ils se passent le carton.
JEAN : C’est léger.
PATRICK : Oui. J’vous dis, y’a pas grand-chose.
JEAN : Vous allez en faire quoi ?
PATRICK : Le déposer chez moi.
JEAN : C’est pour ça que vous attendez le bus ?
PATRICK : Non, puisque ma maison est à deux pas.
JEAN : Alors, vous allez où comme ça ?
PATRICK : Je balade la boite.
JEAN : Non, là c’est moi qui la balade.
PATRICK : Alors rendez-là moi.
PATRICK reprend le carton.
JEAN : C’est une jolie boite.
PATRICK (rougissant) : Je trouve aussi. On en fait plus des comme ça, des boites.
JEAN : Donc si je comprends bien vous allez en ville avec cette boite.
PATRICK : Non, j’attends ici avec la boite. Et quand le bus passera, je rentrerai chez moi.
JEAN : Ah, d’accord !
PATRICK : C’est pas grave, on a tous nos moment de divagation.
JEAN : Ah regardez, il est 10 heure 18 !
PATRICK : C’est bon signe, vous croyez ?
JEAN : Je ne sais pas, qu’en pensez-vous ?
PATRICK : Ben, c’est pour ma boite que je m’inquiète.
JEAN : Une sacrée belle boite.
PATRICK : Oui. On l’a offert à ma femme le jour où elle a accouché.
JEAN : C’est le bébé qui est dedans ?
PATRICK : Non. Enfin… Je ne crois pas.
JEAN : Vous ne savez pas ce qu’il y a, dedans ?
PATRICK : Si si. Des trucs.
JEAN : Donc il n’y a pas votre bébé.
PATRICK tapote la boite.
PATRICK : Je pense qu’il nous l’aurait dit s’il était là-dedans.
JEAN : Surement.
PATRICK : Dites donc, il arrive ce bus ?
JEAN : Je ne pense pas.
PATRICK : Ah ?
JEAN : Ben, comme on est dimanche je ne sais pas s’il y a des bus.
PATRICK : Alors pourquoi vous attendez ici ?
JEAN : Parce que je suis le chauffeur.
PATRICK : Ah ! Mais il passe toujours le dimanche, non ?
JEAN : Pas ce dimanche. Nous sommes le lendemain des trente premiers jours avant la dernière quinzaine de la première pleine lune de septembre.
PATRICK : On est déjà ce jour-là ?
JEAN : Si j’vous le dit.
PATRICK : Tant pis j’attendrai le prochain bus.
JEAN : Prenez soin de votre boite ! Au revoir !
JEAN et PATRICK restent assis.