Music Life
Ce texte est divisé en 8 chapitre et rassemble les 8 textes écrits pour un concours. Chaque semaine, le texte de la gagnante ou du gagnant était séléctionné pour constituer la suite de l'histoire. J'ai décidé d'afficher tous les chapitres de cette histoire afin de pouvoir la suivre entièrement. Le chapitre 5 et le 8 ont étés écrits pas moi même. Bonne lecture !
Un chat humanoïde me donne une guitare en plastique...
CHAPITRE 1 par Princess :
« En vous aidant des théorèmes de Pythagore et de Thalès, démontrez que OL est égal à KL et que le centre du cercle circonscris à OLK est G »Comme si un cerveau comme le mien pouvait réussir ces choses là ! Avec un soupir théâtrale, j'amenais mon cahier à moi et faisait semblant d'écrire quelques mots et équations. Pour moi, les mathématiques se résumaient à une suite de chiffres aussi grands que des mots allemands alignés comme les wagons d'un train. Si seulement on pouvait sortir de cette salle au plus vite...« Mathis, va me corriger ça, s'il te plait »Quelle surprise ! C'est encore ce génie qui va nous démontrer que calculer ZD²+OK²= 45 286 de tête est d'une facilité immense !Il m'énerve un peu.Non seulement lui, mais aussi ses amis. Dès que je les vois, je change de trottoir. Non pas à cause de leurs comportements, il ne m'ont jamais insultée comme l'ont fait certaines... adolescentes... faute d'un meilleur terme, même si gamine conviendrait un peu mieux, tout simplement, parce que mes jean sont troués et que j'ai une tête que ne leur revient pas. J'évite ces garçons tout simplement parce que dès qu'ils font un pas dans la rue, toutes les filles se retournent comme si quarante Apollon torse nus étaient apparus devant elle. Elles gloussent, rigolent, secouent leur cheveux façon « Pub Fructis ».Ils sont trop populaires pour qu'une fille aussi quelconque que moi ne puisse s'approcher d'eux sans se faire agresser dans la rue suivante.Tout ça pour dire que j'en suis admirative, sans être une groupie. Dans ma rêverie, je n'avais pas entendu le professeur arriver en traître, c'est-à-dire dans mon dos, son stylo rouge dégainé.« Erza Menori... Pouvez-vous répéter ce que Mathis vient de nous expliquer ? »Si j'avais été une héroïne de film, j'aurais répondu quelque chose de très inspiré, sortir une démonstration que même Einstein n'aurait su faire. Mais je ne suis pas une héroïne de film, donc ma réponse à du être quelque chose dans ce goût là...« Beuh... »Bien sûr, tout le monde s'est payé ma tête et triomphant, M.Je-vais-t-achever-avec-le-nombre-pi a levé bien haut son stylo rouge et rempli un joli bulletin de colle, qu'il enverra à mes parents.Comme s'ils en avaient quelque chose à faire !J'étais furieuse, surtout contre moi-même. Je venais de me ridiculiser devant l'un des rois du lycée. C'est la tête pleine d'idées noires que je rentrais chez moi. Je n'habitais pas très loin, juste à environ cinq cents mètres. C'est sur ce chemin que je vis une espèce de chat plus grand que moi, avec à la main des guitares en plastique rouge, vert et noir. Ce dernier lançait des guitares à toutes les personnes d'environ mon âge, et je ne fis pas exception. C'est avec surprise que j'entends le chat me parler.« Tu ne serais pas dans la même classe que Mathis ?-Hm Hm. Tu le connais ?-C'est l'un de mes meilleurs amis ! Moi c'est Nike, mais ne le dis à personne, ce déguisement me fout légèrement la honte... »Nike ! Impossible ! Du trio d'ami, c'est le plus populaire, si j'en crois les discussions existentielles des groupies qu'il y a derrière moi en classe de physique. On peut dire que c'est l'opposé de Mathis, autant physiquement que mentalement. Mathis est blond, les cheveux coupés courts au yeux sombres, et avait à peu près le QI d'Einstein et Keyns réunis. Nike quant à lui a les cheveux aussi noir que la nuit, longs, et a des yeux d'un gris très clair, presque de la couleur de l'argent. Il plafonne à onze ou douze de moyenne d'après les rumeurs... Ce qui est déjà bien en soi, même si ça me semble juste pour l'année du bac...« Et... C'est pour quoi les guitares et le déguisement ?-Les guitares, c'est une demande de recrutement d'une chanteuse ou d'un chanteur. Et le déguisement, c'est parce que c'est un chat notre mascotte.-Ah. Répondis-je très spirituellement.-Hésite pas à venir ! Mais viens tôt, il paraît qu'il va y avoir du monde ! »Et quatre vingt dix neuf pour cent serait des filles, à tout casser...« Vous n'êtes que deux ?-Non non, il y a Mathis bien sur, moi, et Florian. »Florian... C'est le discret de la bande, si l'on peut dire. Beau comme les deux autres, mais il fait plus profil bas : Mathis se distingue par son intelligence, Nike pour sa sociabilité tandis que Florian est un peu plus renfermé et possède une moyenne correcte sans pour autant crever les plafonds. Le gars assez classique en somme. Je devais être une idiote. J'y suis allée. Imaginez les quolibets de ses pou... très chères collègues de classe quand je suis arrivée sans maquillage, mal habillée, les yeux cernés. Je n'avais pas dormi de la nuit, tellement j'étais stressé. J'ai appris par cœur un album de Within Temptation.Le trio avait organisé le tout chez Florian, qui avait la maison la plus grande. J'attendais mon passage... Lequel arriva trop tôt.D'abord la voix tremblante, je chantais avec le plus de justesse dont j'étais capable. Les trois me regardèrent genre « On fait quoi de cette timbrée les gars ? » et me demandèrent de sortir.La sélection dura toute la matinée. Puis les trois garçons nous appelèrent tous... Eh oui, il y avait eu des garçons ! Et rendirent leur verdict.« Celle qui deviendra notre chanteuse s'appelle... Erza Menori ! »Appelez une ambulance, je crois que je vais m'évanouir.Il y eu des cris de protestations (Pourquoi celle la, elle est même pas connue !), des pleurs (Je ne passerais ma vie avec Nike !) et des grognements (Gmlr... Pas contente... Gmlr).Mais Florian exigea que tout ce beau monde s'en aille, qu'ils me parlent un peu plus du groupe.« On est un groupe de rock, mais on peut déborder dans le métal symphonique, vu que tu as l'air d'apprécier ! Je suis guitariste, commença Nike, Florian est à la basse et Mathis à la batterie. Et toi au chant bien sur, si tu es toujours d'attaque.-Oui oui...Et c'est quoi le nom du groupe ? -On attendait la venue de la chanteuse... Mais on avait pensé à Caesar.-Bien sur... Le consul qui est a conquis une grande partie du bassin méditerranéen... C'est parfait ! » Oui... Ma vie prenait, je l'espère, une tournure parfaite.
CHAPITRE 2 par Milayki :
C’était juste histoire de débuter qu'ils acceptèrent de participer au concours d’artistes de fin d‘année. Ils étaient en dernière année de terminale et le baccalauréat approchait. Mais ce soir-là ils donneraient tout ce qu’ils avaient pour conquérir leur public.
-J’espère que tu t’en sortiras Erza, dit alors Mathias, ça va faire un mois qu’on t’a recrutée et franchement tu stagnes! Si ça va pas…
L’atmosphère était tendue, d’autant plus qu’Erza savait qu’elle en était responsable, et pour cause….
Cinq jours avant, elle avait attrapé un mauvais rhume. Mais pas de façon quelconque. Les filles de sa classe y étaient pour beaucoup. Enragées du fait qu’elle ait été sélectionnée par le groupe des Caesar, on lui avait préparé mille et un tours, pour la blesser, ou plutôt dans l’espoir qu'elle se résigne à quitter le groupe. Mais Erza ne l’entendait pas de cette oreille. Elle ne se laissait aucunement faire. Arriva le jour où elle prenait sa douche après les efforts monstrueux qu’elle avait fourni en sport. Des filles de sa classe s’étaient masquées d‘écharpes noires et lui jetèrent de l’eau glacée!… et ses vêtements avaient été remplacés par un slim et une chemise en soie légère pour l’été. Des fringues pas adéquates au temps qu’il faisait ce jour-là: il pleuvait. Oh que non, s’était-elle alors jurée. Elle ne mettrait pas ces horreurs. Elle avait traversé la cour du lycée, car le gymnase était séparé des autres bâtiments du bahut. Elle avait déambulé en serviette dans les couloirs, et s’était plainte auprès du directeur, qui l’admonesta longuement quant à l’audace qu’elle avait eu de venir jusqu’à lui dans une tenue si indécente. Au grand dam d’Erza, il lui donna une retenue, et se jugea non responsable de la disparition de ses affaires. Elle fut si dégoûtée que pour la première fois, elle arriva en première dans leur local de répétition…Tout le matériel était installé. La guitare électrique, la batterie, la basse, son micro…La guitare électrique, elle rêvait d‘en jouer…Avec prudence, elle jaugea la porte d’entrée. Personne encore…elle saisit la guitare électrique. Tout d’un coup, ses narines lui picotèrent, et elle éternua brusquement. La guitare lui échappa des mains, et le rapide geste qu'elle esquissa ne parvint pas à la rattraper. Paniquée, elle se mit à genoux, la prit, effleura les cordes…Aucun son n’en sortit.
-Oh mon dieu, oh mon dieu, souffla-t-elle morte d’inquiétude.
-Salut Erza, en avance cette fois! Remarqua Florian
Nike n’est pas encore là!
-Florian, faut que tu m’aides! La guitare n’émet pas un son! Elle est tombée..bon d’accord je l’ai faite tomber! Vite, 'faut la réparer!
Sans attendre une réponse de Florian elle tâta de nouveau les cordes, retourna la guitare pour voir si un détail lui échappait.
-Et si, commença Florian un brin moqueur, on la branchait?
Il rallia le geste à la parole. Erza grattouilla la guitare et un son pas terrible en sortit. Elle lui rendit un sourire tout aussi gêné qu’elle. Avant qu’elle ait pu rajouter autre chose, la porte s’ouvrit sur Nick et Mathias. Ils se saluèrent et Mathias s’adressa alors à Erza.
-Parait que t’es prête à tout pour faire parler de toi? Ma foi, j’aurai pas cru ça de ta part…
-Téméraire la p’tite, acquiesça Nike
Elle n’en revenait pas! Ils n’allaient pas croire que… Mais devant leur regard amusé, elle comprit et se détendit. La rumeur avait circulé vite au lycée. Certes elle n’avait pas la même notoriété publique que ses compagnons, mais elle n’allait pas s’abaisser à circuler en serviette dans le lycée, pour le plaisir d’être connue. Florian rit franchement, et se mit devant son instrument, la basse, en enjoignant les autres à faire de même. Erza avait écrit elle-même des paroles, et espérait que ça leur plairait.
Durant les trente minutes où ils s’entraînèrent, Erza garda pour elle sa sensation de malaise. Mais quand elle chantait, le son des instruments prédominait sa frêle voix aigüe. Un froid pas possible régnait sur le lieu, à tel point qu'elle emprunta même la veste de Nick. Ce n’est qu’à leur sixième reprise qu’elle comprit que seule elle était victime du froid, devant l’exaspération de Mathias, l’air ennuyé de Florian, et l’inquiétude mal cachée de Nike. Elle éternua alors pour la vingtième fois en cinquante minutes.
-Ok on arrête tout! Erza, tu peux pas continuer comme ça, le concours est dans cinq jours! Si t’es pas rétablie, on prend une autre chanteuse, en remplaçante au cas où si le jour J tu…
-C’est exactement ce que voulaient ces folles furieuses en me gelant sous la douche! Que je tombe malade et que vous m’excluez! s’écria Erza
-C’est-ce que tu risques si tu ne fais pas tes preuves! poursuivit Mathias sans ménagement
-Je m’en remettrai!
-C’est quand même dingue, intervint Nike, des filles se glissent sous ta douche et pas une seule ne daigne te défendre.
Erza baissa la tête, le micro à porté de ses lèvres. Ses cheveux coupés court n’arrivèrent pas à masquer totalement la peine qui se lisait sur son visage. Elle ne pleurait jamais, mais là l’envie était plus que tentante. Pourtant ce n’est pas ce qu’elle fit. Elle déclara d’un ton qu’elle voulut indifférent.
-J’ai pas d’amis.
Cette révélation sidéra les trois garçon qui ne surent que dire. Elle éternua pour dieu sait la combientième fois.
-Il vaut mieux que je rentre avant que ça s’aggrave, déclara-t-elle
Elle se détourna des trois compères. Mais des mains saisirent ses épaules et lui fit faire un volte face. Les yeux gris de Nike se retrouvèrent plongés dans les siens.
-Tu n’as qu’a nous parler de toi! dit alors Nike
-Pas la peine d’éprouver de la pitié! C‘est juste que j’en ai pas ici, il faut dire que nous n’avons pas la même façon de voir les choses, alors…
-On aimerait simplement en savoir plus sur toi.
Durant cette séance, Erza narra alors ses moments de solitude accompagnée de son Mp3 lors des pauses. De ses notes pas possibles en maths, de ce qui l’énervait plus que tout, à savoir le groupe de cinq filles perpétuellement agglutiné autour de Nike. Florian laissa même entendre qu’elles devaient être les coupables. Avec Erza, il énuméra les mauvais coups qu’ils pourraient leur faire subir. Ils se mirent alors à parler de leurs goûts musicaux, à savoir le rock, voir métal. Ils échangèrent même quelques noms d’artistes connus dans ces milieux. Seul Mathias ne semblait pas trop emballé, il écoutait plus qu’il ne participait. A 21h00 ils rentrèrent alors chacun de leur côté. Les jours suivants, Erza les rejoignait souvent, lors de pauses en cours. Mais Mathias adoptait la même attitude qu’en début d’année à son égard: en classe il ne lui accordait pas grande attention. Lors des répétitions suivantes, elle ne pouvait pas chanter, faute de son rhume…
Le soir du dit concours, après la remarque acerbe de Mathias elle suivit les autres sur la scène. Celui ci avait laissé tomber sa frange blonde sur son œil droit, les poches avant de son jean atteignaient presque son genou. Tellement il lui était large. Seule la ceinture retenait le risque que le jean rejoigne le sol. Ce look le rendait plus intéressant. Nike conserva son air guilleret, il arborait un tee-shirt noir large comme Mathias avec par dessus une légère chemise. Il plongeait également dans son pantalon noir, arborant plusieurs poches. Ses cheveux noirs arrivaient à hauteur de son cou. Tandis que le jean de Florian, était d’une épaisseur acceptable: approprié à sa taille. Ses grosses baskets de skateurs s’accordaient à sa caquette bleue foncée. Erza était vêtue d’un de ses habituels pantalons troués de ses propres mains: un pantalon assez large noir, dont le bas recouvrait ses chaussures, d’une chemise à carreau verte et noire découvrant son débardeur vert kaki. Elle serrait son écharpe, son rhume et son mal de gorge étaient encore présents. La foule les acclamait. Sous les projecteurs, elle distinguait difficilement les visages. Elle s’empara du micro, tandis que les autres se mettaient à leur place
-Bonsoir tout le monde, Caesar va vous interpréter une de ses compositions! Prêts???
D’une voix aigüe, elle entama le début de son chant. Peu à peu, sa voix prit plus d’ ampleur, s’adoptant aux sons de la guitare et de la base. La batterie n’avait pas encore atteint un rythme important. Lorsque celle-ci retentit fortement, à un rythme endiablé, la voix d’Erza gagna également en résonance, elle hurlait, en plaçant dans sa voix une énergie jusqu’alors inexploitée. En plaçant dans son chant, toute l’émotion qu’elle éprouvait en ce moment. Dans les paroles on traduisait qu’une jeune fille manquait de compagnie, témoignait de son mal être. Pour se délibérer des moqueries, il suffisait de faire comprendre que cela l‘indifférait. Cette jeune fille hurlait maintenant haut et fort qu’elle se fichait des autres, du moment qu’un jour elle découvrait le bonheur . Le refrain contrastait avec les strophes: elle remettait en question l’existence du bonheur. Erza s’interrompit pour que Mathias puisse faire son solo en batterie. Les autres instruments le rejoignirent peu à peu. Erza reprit le refrain des paroles sur ce rythme assourdissant. En sautillant, vers Florian le bassiste, et partageant à quelques reprises son micro avec Nike, le guitariste. Alors que le son des instruments cessèrent, sa voix termina en crescendo, accueillit par le silence soudain de la salle. Des cris explosèrent de toute part, et ils se rendirent au « coulisse » réservait aux prétendus artistes.
-On a été fan-tas-tique! Erza, tu te préservais pour le concours?!?
-Assez surprise moi-même! On a assuré, rigola-t-elle. Je veux bien poursuivre dans cette voie avec vous, si Mathias veut toujours.
-Ok, soupira Mathias ok, je reconnais ton talent, super les mecs, y'a beaucoup de progrès! Si ça se trouve on passera bientôt pro!’Faut qu’on récupère notre matos!
Nike et Florian quittèrent en premier la pièce, contents que le spectacle ait donné le résultat escompté. Mathias retint Erza en saisissant son poignet.
-Tu comptes entretenir des liens avec nos camarades? Ça pourrait être bénéfique pour toi...
Il sortit avant qu’elle ne réplique. Elle n’aurait su que répondre…
CHAPITRE 3 par Nore :
Après le succès retentissant de la prestation du groupe au concours de fin d’année, Erza a enfin commencé à prendre plus confiance en elle. La jeune fille a aussi décidé de suivre le conseil de Mathis, et d’améliorer ses relations avec les autres. Elle traîne plus souvent avec les trois garçons au lieu de rester seule dans son coin. Cela lui permet de rencontrer d’autres gens très sympas, à qui elle n’aurait jamais eu l’idée de parler si elle n’avait pas fait partie du groupe. Mais surtout, les filles de sa classe ont vite arrêté de lui chercher des ennuis. En effet, voyant que Nike, Florian et Mathis ne leur portent aucune attention malgré leurs efforts pour se faire remarquer, et qu’Erza gagne chaque jour en popularité comme étant la chanteuse des Caesar, elles ont fini par se résigner. Bien sûr, cela ne les empêche pas de balancer quelques moqueries entre deux cours, mais elles ne vont plus aussi loin que la fois où elles ont jeté de l’eau glacée sur Erza, de peur de baisser encore plus dans l’estime des trois coqueluches du lycée.
Ainsi donc, le groupe continue à se voir régulièrement pour répéter, perfectionner les chansons… Et pour réviser. Et oui, il ne faut quand même pas oublier le bac. Mathis a même accepté d’aider Erza pour ses maths. Les quatre compères mettent leur musique entre parenthèses le temps de passer les épreuves, et entre la dernière séance de torture et l’annonce des résultats, Nike tombe sur une petite annonce dans un magazine…
« Regardez ça ! Une annonce pour participer à une émission de télé qui a pour but de faire découvrir au public de jeunes talents musicaux !
- Pas question que je participe à ça ! S’exclame Mathis.
- Mais si, il a raison ! S’enthousiasme Florian. Ça pourrait nous aider à nous faire connaître ! T’en penses quoi, Erza ?
- J’avoue que passer à la télé, ça m’effraie un peu, mais c’est une occasion à ne pas rater !
- Super, on y va, alors !
- … »
A contrecœur, Mathis accepte.
***
Benjamin Kestadhi n’a pas vraiment à se plaindre de son travail. Il est apprécié par ses collègues, reconnu dans son métier, et il reçoit un salaire assez élevé pour se payer une villa de luxe dans le sud et un appartement dans un des quartiers les plus chics de la capitale. Benjamin est présentateur télé, un métier que beaucoup de gens lui envient.
Pourtant, ce n’est plus comme avant. Au début, il était fasciné par ce qu’il faisait. Il adorait présenter ses émissions. Mais depuis quelques années, il est surtout relégué aux télé-crochets. Il commence à se lasser de ces prétentieux qui sont persuadés d’avoir un talent fou, alors qu’ils ont le charisme d’un chinchilla tondu, à son humble avis. Bon, d’accord, il y en a parfois qui sont vraiment doués, mais ça n’arrive pas très souvent.
L’émission qu’il présente en ce moment s’appelle Band of Stars, car c’est la mode de mettre de l’anglais partout où c’est possible. Le principe est de faire s’affronter des jeunes groupes amateurs dans une sorte de tournoi, puis un jury professionnel composé de quatre membres note les performances des candidats. Il y a cinq participants, et le jeu se déroule en trois tours. Au premier, les cinq groupes interprètent une de leurs chansons, et deux d’entre eux sont éliminés par le jury. Au deuxième tour, l’un des trois participants restants est éliminé. Le dernier tour, c’est la finale. Le groupe gagnant remporte la joie d’être le meilleur, les applaudissements du public en délire, et un horrible trophée qui ressemble à une statue en pâte à modeler faite par un gamin de quatre ans. L’émission, diffusée une fois par mois, commence à avoir beaucoup de succès. C’est bien la seule raison pour laquelle Benjamin continue de la présenter. Il ne va pas faire sa diva sous prétexte qu’il en a marre de ce genre de programmes. Peut-être qu’un jour on lui fera le même coup qu’à son collègue Nikos Samagas, et qu’on lui dira que l’émission ne plaît plus, trouve-toi autre chose, bonne chance mon gars et au revoir.
Mais ce n’est plus l’heure de se lamenter sur son sort. On est en live, et le programme commence dans une minute…
Benjamin fait son petit speech de début d’émission, en affichant une mine qu’il veut joviale. Il présente les membres du jury : Philippe Mindeuvre, Dove Attila, Marianne Jessie et Christophe Villaine. Il rappelle le principe de l’émission sous les cris enjoués du public, et demande à celui-ci d’applaudir bien fort les premiers candidats qui vont bientôt entrer en scène, puis il annonce le groupe.
Les quatre premiers groupes se succèdent. Comme d’habitude, Benjamin n’est pas très emballé. Ils sont dynamiques et motivés, mais ne sortent pas de l’ordinaire. Puis vient le tour du cinquième groupe.
« Mesdames et messieurs, prosternez-vous devant l’impérial talent de Caesar ! Un jeune quatuor d’artistes en herbe formé par Nike, Florian, Mathis et Erza, qui ne demande qu’à vous plaire ! Espérons que le jury leur présentera un pouce levé ! Veuillez applaudir bien fort les Caesar ! »
Benjamin aime bien le nom du groupe, mais il n’est pas très satisfait de la façon dont il les a présentés. Les quatre membres se mettent en place. Ils sont jeunes, ils doivent encore être au lycée. Leur musique commence, doucement d’abord, comme si c’était pour se tester, puis ils se montrent plus affirmés. Après cette petite introduction, la fille entame le premier couplet. Elle a une voix douce, agréable à écouter. Les trois autres musiciens la soutiennent de leurs instruments… Non, ils se mélangent à la voix, et la voix se mélange à eux. Ils sont en parfaite harmonie.
Cela se confirme avec le refrain. Il est entraînant, et rempli d’émotion. Le quatuor y met tout son cœur. Le présentateur écoute les paroles : elles lui plaisent, elles font partie de ces chansons qui veulent vraiment dire quelque chose. Il se dit que beaucoup de gens de leur âge pourraient se reconnaître dedans. Le texte n’est pas forcément très joyeux, mais il ne verse pas non plus dans le mélodrame. Au contraire, il y a de l’optimisme qui s’en dégage.
La chanson se termine, et c’est la fin du premier tour. Benjamin lance une page de pub pour que le jury ait le temps de délibérer. Lorsque le programme reprend, les résultats tombent : deux groupes sont éliminés, et Caesar reste en course, avec un avis très favorable. Le présentateur se surprend à éprouver un petit soulagement. Il laisse les deux perdants s’exprimer avant de les inviter à regagner les coulisses, puis lance le deuxième tour.
C’est d’une oreille distraite qu’il écoute le premier groupe. Mais lorsque Caesar remonte sur scène, il est tout ouïe. Cette fois, leur chanson est plus joyeuse, elle parle d’évasion dans un endroit idyllique. La musique appartient au genre métal, mais il semble que le public apprécie. On aurait pu croire que les gens qui regardent ce type d’émission écoutent plus volontiers des musiques dites « commerciales. » Le troisième groupe passe, puis Benjamin lance une nouvelle page de pub quelques minutes après.
Caesar se qualifie de nouveau pour le tour suivant. Les deux finalistes effectuent leur dernière performance de la soirée. Le groupe concurrent de Caesar a gagné en confiance depuis le début de l’émission, et se donne vraiment à fond pour cette dernière épreuve, semble-t-il. Le public se déchaîne à la fin des deux chansons. Benjamin se dit que le résultat final sera très serré. Néanmoins, il ne peut pas nier qu’il a eu un petit coup de cœur pour Caesar. Cela faisait un moment que ça ne lui était pas arrivé.
Le moment du verdict est enfin arrivé. Les jurés ont mis le nom du gagnant dans une enveloppe, qu’ils ont remise à Benjamin. Ce dernier prend son temps pour l’ouvrir, regarde le nom du groupe vainqueur, et introduit la « phase de suspense » de l’émission. Il trouve ça superflu, mais bon, ça tient les gens en haleine… Il passe un certain temps à énumérer les meilleurs moments de la soirée, les qualités des deux finalistes, et rappelle que l’important, c’est d’avoir participé, et que tout le monde est gagnant ce soir, d’une manière ou d’une autre… Puis il prend une bonne inspiration, et…
« Cela s’est vraiment joué à pas grand-chose… Mais le gagnant de ce soir est… Caesar ! Félicitations ! Un petit mot de fin ?
- On est vraiment contents d’avoir gagné, dit Florian, le bassiste. Et on remercie tout le monde, le public, le jury, vous !
- Merci tout le monde ! » Renchérissent les trois autres.
Benjamin est content. Il se souvient maintenant pourquoi il continue à faire cette émission. Pour ces moments-là, où de vrais talents sont révélés. De plus, il a repéré dans le public un ami producteur à lui qui a semblé très emballé, alors qui sait…
CHAPITRE 4 par Carmyha :
Sonate pour clavier
La fille est toute enclose
Dans une salle aux murs
Capitonnés de rose
Et pourtant elle est sûre
Que son cerveau éclate
A chaque nouvelle mesure
Une p*t**n de sonate
Qui lui vrille le crâne
Et lui rappelle toujours
Que chaque chose fane
Malgré les doux contours.
(Refrain1)
Elle pleure sur son piano
Des larmes de jeune femme
Déboussolée.
Elle pleure et le clavier
Joue chacune de ses larmes
Un jour de plus, la fille
N’a encore rien mangé
Est-ce ainsi qu’on habille
Sa jeunesse en danger ?
Elle crie, tout lui échappe
Et ses sens sens dessous
Dessus
Sans dessous sur
Le dessus d’un dos sûr
Le dos d’un inconnu
Ses mains sur son cœur dur.
(Refrain1)
Elle perd toujours,
Toujours un peu plus,
Elle s’éloigne...
On ne la voit plus.
(Refrain 1)
Elle crie sur le piano,
Elle hurle et chaque touche,
Transperce, agresse,
Tire du sang de sa bouche.
Chaque note la tue
Un peu plus...
« Pas joyeux. » Le commentaire de Mathis n’améliora pas la gêne d’Erza.
« On fait du métal…, vint Nike à la rescousse.
- Psycho, Glauque, pas exactement trash mais du sous-entendu… Ca va bien dans ta tête, Erzie ? Sinon, on peut encore parler, tu sais…
- Merci Flo, ton analyse me touche…
- Non mais les gars, on devait composer le titre PHARE de l’album. Ca, c’est tout juste une ballade. Vous voulez qu’on se fasse une réputation de rocker mielleux ?
- N’importe quoi ! C’est parce que tu connais pas l’air ! S’insurgea Erza, qui savait que son morceau avait de sacrées tripes.
- Ben, montre-nous.
- Allez, à capella.
- Je te rejoins dès que je ressens la tourne, chuchota Nike, guitare en main, pour l’encourager.
- D’acc… ».
Murmure lent, puis de l’assurance au quatrième vers, et la voix éclata avec le crâne, découlant, rapide, comme la déglutition d’un affamé. La mélodie des couplets s’affirmait, ainsi Nike put rejoindre Erza avant la fin du premier, plaquer quelques accords.
Il s’arrêta pour appréhender le refrain, mais la voix seule était une telle débauche d’énergie que ça ne manquait pas. Nike recommença, ressentit par avance l’accélération au milieu du deuxième couplet, où tous les mots si semblables se bousculent pour mieux se détacher et prendre leur sens.
Le deuxième refrain fut tonitruant ; Nike enrichissait déjà, Flo s’improvisa batteur sous le regard désapprobateur de Mathis qui restait obstinément bras croisés, impassible. Ils laissèrent de nouveau Erza seule sur le pont, qui ralentit beaucoup. Flo se contenta de quatre coups de baguette, pour garder le rythme. Et explosion des refrains finaux, tous ensemble.
***
«C’est bon, j’adore. » Lâcha finalement Mathis, rayonnant.
Nick se mit à déblatérer…
«Ton morceau est grave instinctif ! Pas compliqué ni très original, mais ça remue en nous quelque chose qu’on connait déjà, c’est pour ça qu’on a pu te suivre facilement… Ca, c’est bon pour le public, il la retiendra facilement, et accrochera direct... Trop d’la balle !!! »
CHAPITRE 5 par Sloche :
Depuis trois mois entier, Caesar n’avait pas donné de représentation.
La victoire au télé-crochet leur avait permis de sortir un album, et le groupe
avait préféré se concentrer dessus dans un premier temps au lieu de jouer sur
scène. Mais le public manquait à tous.
Dans la rue, beaucoup reconnaissaient les membres de Caesar.
Certains étaient fans de la première heure et demandaient des autographes et
des photos, d’autre avait juste vu leurs portraits ou avait entendu parler
d’eux sans jamais avoir écouté leurs musiques, d’autres encore venaient se
moquer d’eux ou les insulter pour avoir gagné à la place de leur groupe
favoris. Les plus hystériques contactaient les parents où les amis des membres
de Caesar pour connaitre l’endroit où ils vivaient, puis ils campaient devant
chez eux pendant des jours. Lorsqu’une fois, Mathis était sorti de chez lui
pour aller faire des courses, il avait dû se frayer un chemin à travers une
marée de curieux, et une femme avait même insisté pour payer le contenu de son
cadi. Le quotidien d’Erza en était d’autant plus bouleversé qu’elle n’était pas
habituée à la popularité, et regrettait parfois sa vie d’ermite. Quoi qu’il en
soit, la scène était son endroit préféré, et pour rien au monde elle n’aurait
refusé de faire un concert.
Grace à l’argent qu’il avait gagné après la sortie de
l’album, Caesar pouvait se permettre de louer une salle digne du nom. Le choix
fut difficile car chacun avait des ambitions différentes et personne ne savait
combien de personnes seraient présentes. Finalement, le représentant du label
avait tranché pour le palais omnisport de Bercy à Paris, et tous espéraient que
les adeptes soient au rendez-vous.
Le concert approchant, des affiches du groupes commencèrent
à apparaitre dans le métro, sur les bus, les façades ou dans les commerces.
Dans les bars et les cafés, on distribuait des fascicules à l’effigie de
Caesar, et dans la rue, des magasins axés rock vendaient des accessoires du
groupe.
Chaque jour, les membres répétaient dans la maison de
Florian, dont une pièce avait été aménagée pour l’occasion. Aux murs étaient
accrochés des photos de foule en délire, « pour s’habituer » disait
Nike. Plus le temps passait, plus les quatre membres étaient excités. Une
semaine avant leur concert, leur producteur était venu pour voir le résultat de
leur travail, accompagnés de techniciens et ingénieurs du son, de la lumière, de
la sécurité, de conseillers en image, de deux chorégraphes, d’un designer et
d’un maigrichon qui s’occupait des costumes. Après avoir donnés quelques
conseils et posés une centaine de questions au groupe, la moitié partirent préparer
la salle, les autres restèrent et prirent des mesures sur les membres de Caesar,
puis sur les instruments. Enfin, après avoir écouté les dernières attentes du
groupe, les derniers partirent. Enfin seuls, les membres de Caesar s’avachirent
sur un canapé et se regardèrent avec des yeux ronds.
« Tout ça rien que pour nous ! C’est incroyable ! »
Erza n’avait en effet jamais imaginé qu’autant de
préparatifs soient nécessaires.
« Je pensais même pas que cette pièce puisse contenir
autant de gens.
_ Un truc de dingue ! J’espère au moins qu’il y aura du
monde. Quand je pense à tout ce qu’ils font pour nous.
_ J’ose à peine imaginer comme on devait avoir l’air nul
avant, quand on entrait sur scène à peine préparés, statiques comme des bâtons,
sans avoir répété… Je suis trop content que cette opportunité s’offre à nous.
Une salle rien que pour nous, avec un public qui n’est venu que pour voir
Caesar, des tas de gens à notre botte… Quand je regarde en arrière je vois
qu’on n’a fait que progresser, chacun dans notre domaine. Ca fait tellement de
temps qu’on s’entraine que je pourrais jouer de tous vos instruments rien qu’en
allant à la boulangerie. Jamais ça serait arrivé sans vous, Mathis et Nike,
sans parler de toi Erza. Après tout ce qu’on a traversé ensemble, j’espère
qu’on ne se séparera jamais. C’est comme si vous étiez mes frères et soeurs. »
Pour la première fois depuis qu’elle le connaissait, Erza
avait entendu Florian parler de façon réellement passionnée. Touchée par son
discours et émue elle aussi de l’aventure qui leur arrivait, elle fit un
sourire béat et laissa une larme couler sur sa joue.
« Erza ? s’inquiéta Mathis.
_ Rien je trouve juste que… C’est vrai tout ça. Maintenant
on a tous changé, on a le même but et tellement de gens pour nous soutenir.
Qu’est-ce que je ferais sans vous ? »
Se voulant réconfortant, Mathis se leva et pris Erza dans
ses bras. Nike fit de même quelques secondes plus tard, puis Florian à son tour.
Erza, étouffant sous les trois garçons qui la serrait, éclata en sanglots,
entrecoupés de rire. Ne sachant s’ils devaient rire ou pleurer, les autres la
relâchèrent, et, emportés par les émotions, se mirent à pleurer en riant eux
aussi.
La veille du concert, Caesar se réunirent chez Erza pour la
première fois. Lorsque Mathis, Nike et Florian entrèrent, ils ouvrirent des
yeux ronds. Les murs du salon étaient blanc écarlates, le sol recouvert d’un
parquet pâle, les meubles étaient peints en diffèrent tons de gris, et
recouverts d’accessoires rouge. Deux canapés clairs et un pouf noir étaient
regroupés face à une gigantesque télévision. Au milieu de cette pièce design et
lumineuse, trônait Erza dans son pantalon troué habituel, les cheveux en pétard
comme si une bombe venait d’y exploser.
« Bienvenue chez moi. J’ai fait quelques aménagements
depuis que l’album est sorti. »
Elle les invita à s’asseoir et parti en sautillant jusqu’à
une pièce à coté, puis en revint avec un plateau de gâteaux. Erza sourit,
satisfaite de son apéritif.
Tout en se goinfrant, Mathis trépignait d’impatience.
« J’ai hâte d’y être ! »
Ils peaufinèrent leur prestation jusque tard dans la nuit, puis
s’endormirent assis sur les canapés.
Le lendemain, jour du concert, le réveil sonna depuis la
chambre d’Erza. Ayant peu dormi et dans une position peu commune, les membres
de Caesar étaient fatigués et se déplaçaient à la manière des zombies :
les bras tendus en grommelant. Après un défilé dans la salle de bain, tous furent
prêts pour les répétitions générales.
Arrivé devant l’énorme bâtiment dans une voiture aux vitres
teintées, Florian pu apercevoir une foule de gens assis sur des marches avec
des banderoles Caesar. Arrivant par une porte dérobée, personne ne remarqua leur
présence. Les répétitions sur scène, devant toute cette place libre, laissa le
groupe pantois, jamais ils n’avaient vu une telle organisation.
Lorsque le groupe de première partie arriva, Caesar retourna
dans les vestiaires. A 18 heures, du bruit se fit entendre dans la salle. Puis
une heure plus tard, la première partie commença.
Dans les vestiaires, le stress qui semblait avoir disparu
revint au galop. Les jambes tremblantes, Erza chantonnait dans son coin, tandis
que Nike répétait sans cesse les petits détails sur les déplacements. Mathis et
Florian s’échauffaient les bras et les poignets en prévision des morceaux
qu’ils allaient jouer. Chacun était habillé avec des vêtements sombres dans un
style qui lui était propre.
Parfois, des hurlements et des acclamations provenaient de
la salle, puis quand le premier groupe parti, le brouhaha s’amplifia.
« Encore 10 minutes et c’est à vous. »
Caesar attendit, écoutant les cris de la foule impatiente.
Quand le temps fut écoulé, un technicien leur fit signe. Les membres de Caesar
se séparèrent pour faire leur entrée de différents côtés, et quand arriva le
signal, ils entrèrent sur scène.
La lumière les éclaira tous un par un, déclenchant la liesse
du publique. Tous se placèrent à leurs instruments, accueillis par des
hurlements de toutes parts. Erza, la plus proche du bord de la scène, pouvait
voir les visages des fans à ses pieds, sautant comme pour l’attraper. Nike
n’apercevait aucun vide dans les gradins, et le centre de la salle était rempli
lui aussi. Jamais il n’avait vu autant de personnes d’un seul coup. Surplombant
la salle, il était le roi du monde. Avec un grand sourire il empoignât sa
guitare et passa la sangle dans son dos. Lorsque ses doigts effleurèrent les
cordes pour la première fois, la foule se tut instantanément. Sans plus
attendre, il commença à jouer, et le publique, bercé par la mélodie, frappait
dans ses mains en rythme. Quand vint s’ajouter la basse et la batterie, les
lumières balayèrent la scène, donnant à chaque membre un corps difforme. Puis
la voix d’Erza vint compléter la chanson, puissante, retentissante.
Hypnotisé par les mouvements de la foule sous cette lumière,
Mathis se laissa emporter et frappa sur sa batterie sans même réfléchir, comme
si tous ses gestes étaient dictés par un autre. En harmonie avec le publique,
il joua pendant deux heures sans même se rendre compte du temps qui passait. Quand
il sorti rejoindre les autres membres, il entendit les fans qui les rappelaient.
Alors, fous de joie, les quatre revinrent sur scène pour jouer un ultime
morceau.
CHAPITRE 6 par Carmyha :
« Le journal Paris Biatch est condamné à une amende de 18 000 euros à reverser à l’artiste Bianca Pattedoie pour diffamation dans son article du n°282 en août dernier. Nous faisons part de nos plus plates excuses et de notre bonne foi, nous croyions sincèrement bien faire pour répondre fidèlement à notre vocation d’information auprès de nos lecteurs. Ce fait exceptionnel ne saurait se reproduire.
LA GUERRE DES GAULES CHEZ LES CAESAR
APRES LEUR MONSTRUEUX SUCCES au Palais Omnisport de Bercy, le célèbre groupe CAESAR SE DECHIRE. Au centre de la querelle, une SOMBRE AFFAIRE D’ADDICTION et de CŒUR BRISE. Pénétrez l’intimité de vos idoles…
Huit mois après leur victoire au télé-crochet BAND OF STARS, un album à succès, un baccalauréat bien mérité et quelques mémorables concerts plus tard, les petits lycéens de Caesar ont bien grandi, leurs tourments aussi. Si Nike et la chanteuse Erza ont préféré mettre leurs études entre parenthèses cette année afin de se consacrer pleinement à leur musique, Mathis le batteur et Florian le bassiste ne sont pas de cet avis, et ont continué, le premier sa scolarité dans une grande classe de préparation aux écoles d’ingénieurs, le second une formation à distance en informatique.
Forcément, ces importantes différences d’emploi du temps ne facilitent pas la vie du groupe, et alors que Florian se contente d’assister aux répétitions et concerts, laissant mener la barque à ceux qui le peuvent pleinement, Mathis, lui, semble tenir coûte que coûte à son implication majeure dans la gestion de Caesar. Mais en décembre dernier, le jeune homme était apparu EXTREMEMENT FATIGUé (photo 2 ci-contre, voyez comme ses beaux cheveux semblent ternes) et il n’avait pas pu assurer deux prestations à cause de sa période d’examen de fin de trimestre (voir notre article dans le n°287 Janvier).
Alors, en fait-il trop ? Se surmène-t-il ? Est-il possible de mener de front des études si lourdes et une telle carrière musicale ? La réponse est définitivement non. A moins que, comme MATHIS ESSART, on DISPOSE D’UNE ARME SECRETE.
Le SCANDALE a éclaté la semaine dernière, le soir de la Saint Valentin. Alors qu’ERZA AVAIT ACCEPTé à titre amical l’invitation de NIKE POUR UN DINER EN TETE A TETE dans un restaurant chic dont nous tairons le nom, Mathis est apparu, l’œil vide et le front moite, titubant, et les a harangués.
« Si vous croyez que je ne vois pas clair dans votre jeu… » A-t-il menacé selon un témoin, « Vous essayez de nous évincer Florian et moi ! » Le jeune homme a été rapidement maîtrisé, mais pas avant d’avoir pu ajouter « Ouvre les yeux, Erza, c’est toi que Nike veut avoir. Il s’en fiche du groupe, il veut seulement que vous restiez tous les deux, et ça a l’air de marcher ! Alors, peut-être que JE T’AI DEJA PERDUE, mais je ne me laisserai pas voler Caesar ! ».
Mathis a été conduit à la clinique la plus proche où il semble que des analyses auraient révélé dans son organisme un taux trop élevé de certaines… SUBSTANCES. Dans l’interview que Florian Leboz a donnée hier à nos collègues de « New Plook », il a démenti la rumeur de DOPAGE concernant son camarade. « Son médecin lui a prescrit des médicaments contre le stress et la fatigue, c’est tout. Ca l’aide à dormir un peu la nuit et à être plus réveillé le jour. Sans ça, il boit trop de café. Il est tellement surmené. » Mais alors qu’on soulignait l’inquiétude des fans depuis décembre et que nier farouchement n’est pas forcément dans l’intérêt du batteur, de sa santé avant toute chose, il a balbutié : « Je… Je n’en sais rien. VOUS AVEZ peut-être RAISON. »
En effet, les fans s’inquiètent. Le mois dernier, vous avez été nombreux à nous envoyer vos lettres fébriles pour que nous vous en disions plus, ce qui motive cet article double spécial ce mois-ci. Vous êtes également nombreuses à nous avouer votre colère vis-à-vis de la chanteuse Erza Menori, car vous soupçonniez qu’elle se rapproche de Nike au détriment de Mathis, et les nouvelles actuelles ne peuvent que vous conforter dans votre mécontentement !
Que signifient ces mots « Je t’ai perdue » ? Mathis serait-il secrètement –ou de moins en moins secrètement- AMOUREUX d’ERZA ? Quel est le rôle de cette jeune fille TROUBLE dont certaines sources nous mentionnent chez elle un caractère légèrement MANIPULATEUR ? A quand le duel entre Nike et Mathis ? Lequel de vos chouchous aura le dessus ? Sera-ce bientôt LA FIN DE CESAR ?
Cependant, loin de vous inquiéter, nous vous prions bien vouloir croire que, surdose ou pas, et bien sûr davantage en CAS DE SURDOSE ADDICTIVE CHEZ MATHIS ESSART, les médicaments que prend votre batteur préféré favorisent un comportement à tendance PARANOïAQUE. Il ne faudra donc pas forcément prendre au pied de la lettre ses accusations du soir de la Saint-Valentin. Nous vous les transmettons bien entendu comme toujours pour être fidèle à notre vocation d’information auprès de nos chers lecteurs. »
-Ouais, n’empêche que j’ai jamais dit ça, grogne Mathis en déchirant violemment l’article de PARIS BIATCH.
- On le sait et on s’en fiche, Mat, c’est fini maintenant. Tu as arrêté ta sal*perie de médoc, et il ne nous reste plus qu’à montrer un front uni au public et à la presse.
- Ca m’inspire des paroles de chanson, intervient Erza avec un sourire malicieux.
- Depuis le temps qu’on te disait que tu pouvais largement te passer des cours et réussir aussi bien… Dispense d’assiduité et modalités souples d’examen, c’est le rêve franchement ! C’est fou les dérogations qu’on peut avoir quand on est des stars ! Allez les copains, on trinque à NOUS !
CHAPITRE 7 par Nore :
LES CAESAR REPRENNENT LE POUVOIR
Le groupe de rock le plus populaire du moment revient en force après le scandale d’il y a quelques semaines. Les quatre jeunes gens sont bien décidés à reconquérir leur public à travers la suite de leur série de concert. Star Mag’ les a rencontrés lors de leur dernier passage à Paris, pour une interview vérité.
Star Mag’ : Bonjour à vous, les Caesar ! Votre groupe a beaucoup de succès et votre premier album se vend très bien. Comment passe-t-on de simples lycéens à rockstars ?
Nike (guitariste) : Et bien, à la base, avec Mat et Flo, on avait pour projet de former un groupe de rock, pour le fun, entre copains. Mais comme on n’est pas super doués en chant (rires), on a décidé de recruter une quatrième personne.
Florian (bassiste) : On a eu plein de candidats, mais c’est finalement Erza qui s’est démarquée des autres. Elle avait l’air toute timide quand elle est rentrée dans la salle où on faisait notre « casting, » mais quand elle a commencé à chanter, elle s’est totalement lâchée. On a tout de suite vu qu’elle était là parce qu’elle aimait la musique, et puis aussi elle chante très bien.
Nike : Et elle écrit des super textes !
Erza (chanteuse) : Merci, les gars !
Star Mag’ : Et comment a commencé la « success story » ?
Mathis (batteur) : En fait, ça a commencé avec le concours de fin d’année de notre lycée. On y a participé juste comme ça, mais il s’est avéré que notre musique a plu. Alors quand on a vu cette annonce dans un magazine pour participer à un télé-crochet, on s’est dit, pourquoi pas ? Ça ne coûte rien d’essayer.
Erza : Si je peux me permettre, c’est surtout Nike qui s’est dit ça, à la base !
Mathis : C’est pas faux. (rires) Enfin bref, finalement, sans qu’on ne se rende vraiment compte de ce qui se passe, on a gagné l’émission, un producteur nous a contactés, et on s’est retrouvés en studio. Tout s’est enchaîné assez vite, mais personnellement, je ne regrette rien. On s’éclate aux répétitions, en concert… C’est vraiment génial !
Star Mag’ : Il y a quelques semaines, on a pourtant cru que c’était la fin des Caesar…
Florian : Vous savez, quand on est des célébrités, il y a aussi des inconvénients. Autant ça peut être cool quand un fan vient nous demander un autographe en nous disant qu’il adore ce qu’on fait, autant être traqué et attirer une foule de curieux même quand on va faire des courses, comme c’est arrivé à Mathis une fois, c’est carrément flippant. Et dans les inconvénients, il y a aussi les rumeurs. La presse à scandale a entendu parler du fait que Mathis prenait des médicaments, et de là c’est un peu parti en vrille.
Mathis : C’est vrai, j’ai pris des médicaments contre le stress et la fatigue, parce qu’on a tous des moments où on faiblit un peu. J’ai probablement été très désagréable par moments, mais je n’ai jamais soupçonné Erza et Nike de vouloir nous évincer de Caesar, Flo et moi. Et puis maintenant, tout va mieux, je me sens en bien meilleure forme. En ce qui concerne mes études, puisque les rumeurs en parlaient, je dispose de certaines dérogations, et ça ne m’empêche pas de réussir.
Florian : Pareil pour moi !
Star Mag’ : Et à propos de ce triangle amoureux entre Mathis, Nike et Erza dont ont parlé les journaux ?
Mathis : Et c’est reparti…
Nike : On n’arrête pas de nous poser la question, alors que ce soit clair une bonne fois pour toutes : j’avais invité Erza dans ce restaurant uniquement en tant qu’amie, elle le savait très bien, Mat et Flo aussi.
Erza : Je confirme. Les gars et moi, on s’entend super bien, on est comme une famille. Je leur ai dit moi-même que je les considérais comme mes frères. Pour moi, il n’y a aucune ambiguïté. Mais bon, je suppose que c’est mon lot en tant que seule fille du groupe. Je m’y attendais un peu depuis le début de notre célébrité. Je me doutais bien qu’un jour ou l’autre, la presse finirait par se demander si je sors avec un des garçons du groupe. Mais on a fondé les Caesar pour faire de la musque, pas la une des tabloïds.
Nike : Exactement !
Star Mag’ : Je vois. Puisque nous parlons de cela, n’est-ce pas difficile pour une fille de trouver sa place au sein de ce groupe de garçons ?
Erza : Je ne vais pas vous mentir, j’avoue qu’au début, j’étais plutôt intimidée. Je suis assez introvertie de nature, et avant d’être recrutée par les garçons, j’avais l’habitude de rester dans mon coin.
Florian : C’est vrai qu’au début, c’était assez tendu. En plus elle avait des problèmes avec les filles de sa classe, alors elle osait encore moins s’affirmer. Alors bon, on faisait ce qu’on pouvait pour la mettre à l’aise, et depuis, elle a bien progressé, la petite Erzie ! (Il lui ébouriffe les cheveux.)
Erza : Arrête, Flo !
Star Mag’ : Avez-vous des influences musicales particulières ? Qu’est-ce qui vous inspire quand vous créez des chansons ?
Nike : On est forcément un peu influencés par ce qu’on écoute, mais on veut pas faire du plagiat non plus. Personnellement, quand j’écris de la musique pour le groupe, ça dépend de ce que je suis en train d’écouter. Donc des fois, j’ai envie que ça soit un peu bourrin, d’autres fois, plus calmes.
Mathis : De même.
Erza : Moi j’aime bien ce qui est métal symphonique. Pour les paroles, je m’inspire surtout des thèmes qui me tiennent à cœur, ou des choses qui me sont arrivées. Je lis beaucoup aussi, et parfois je réutilise des thèmes qui m’ont bien plus.
Florian : Moi en général je m’implique plutôt dans la phase de révision ! (rires) En fait je suis plus doué pour jouer la musque que la créer, même s’il m’est arrivé d’aider Nike ou Erza à peaufiner une mélodie.
Star Mag’ : Qu’allez-vous faire après la fin de votre première grande tournée nationale ?
Nike : On va commencer par se reposer un peu, parce que mine de rien, c’est épuisant, une tournée ! Ensuite, on travaillera sûrement à l’élaboration d’un nouvel album, mais ça ne sera pas pour tout de suite. Je pense qu’on va essayer de prendre un peu notre temps, cette fois. On ne va pas non plus disparaître de la scène, on a encore quelques tours dans notre manche !
Florian : Oui, et puis on participera sûrement à des festivals de musique !
Star Mag’ : Merci à vous, les Caesar ! Pour clore cette interview, avez-vous un message à adresser à vos fans ?
Mathis : Et bien tout simplement, merci de nous soutenir et d’écouter notre musique !
Nike : Et on se voit à nos concerts !
Interview réalisée par : J.-F. Martin
CHAPITRE 8 par Sloche :
J'ai écrit ce chapitre en écoutant cette chanson : Hometown Glory - Adele
J’ouvre mes yeux, timides face aux rayons du soleil qui envahissent ma chambre. Mes membres sont engourdis par le sommeil. A vrai dire, j’aimerai rester toute la journée sur mon matelas.
Dans un geste douloureux, je saisis mon réveil sur la table de chevet. 8h30. Je dois me préparer pour sortir. Cette journée est importante pour moi. Et pour Erza. Aujourd’hui est l’aboutissement de nombreuses années d’amitié, et bien plus. C’est aussi un commencement, un renouveau.
Toujours allongé, je repense à ce qu’on a traversé ensemble. Et pas qu’avec elle, avec Caesar, aussi. Les moments d’euphories pendant les concerts, les heures de travail sur les albums, les instants de doutes et les bonnes surprises, l’empire que nous avons construit et qui continue d’exister…
Parvenant enfin à me lever, je marche jusqu’à la cuisine. Pendant un instant, je regrette qu’Erza ne soit pas là pour m’aider à trouver des ustensiles parmi les dizaines de placards. Finalement, je trouve un bol, du lait et des céréales.
Une fois mon petit déjeuné fini, je file à la salle de bain. Après une bonne douche, me voilà prêt pour enfiler mon costume. Sans que j’ai à dire quoi que ce soit, une femme vient frapper à ma porte avec des vêtements emballés dans du plastique, elle les déballe soigneusement avant de me les tendre.
« Monsieur, voulez-vous de l’aide ? »
Après quelques minutes, elle se glisse derrière moi et ajuste mon col, puis m’aide à réaliser un nœud de cravate parfait. Ce n’est pas parce que je suis une star du métal que je ne peux pas être raffiné.
Me regardant avec un œil bienveillant, la femme me tend une veste bleue sombre. Erza va adorer, j’en suis sûr. Il est déjà 10h30 quand les derniers détails de ma tenue sont réglés. Je repasse dans ma tête tout le plan prévu pour cette journée.
Quand je sors de chez moi, une limousine m’attend, ainsi qu’une horde de journaliste armé d’appareils photos. Ils sont si nombreux que la voiture a du mal à manœuvrer. J’ai bien fait de me préparer en avance.
Erza m’attendra dans sa superbe robe blanche à l’église. Je ne l’ai pas vu depuis hier et elle me manque déjà. J’aimerais la serrer dans mes bras, l’attente me rend fou. La voiture semble rouler au ralenti, tandis que mon impatience grandit. Enfin, j’aperçois le clocher, et la foule devant l’entrée me confirme l’endroit. C’est bien ici.
Quand je descends, des gardes du corps séparent le publique tel Moise qui sépare la Mer. Tous me regardent avec respect. Je parviens à la porte et pénètre dans l’église bondé. La foule, bien que relativement silencieuse, crée un bourdonnement assourdissant.
Je sers quelques mains, puis me poste à droite de l’autel, dos au publique. Seul face aux vitraux colorés, j’attends que le moment arrive, impatient.
Doucement, l’agitation derrière moi s’affaiblit. Au bout d’un moment, le silence est total. A ce moment précis, commence un doux rythme au piano, que je connais bien. C’est Erza elle-même qui avait joué ce morceau instrumental de « Sonate pour clavier ». Elle voulait que cette musique soit celle de son mariage. Alors que les notes mélodieuses s’enchainent, je regrette de ne pas entendre sa voix si familière.
J’entends des pas derrière moi, et je dois lutter contre ma propre conscience pour ne pas me retourner. Elle arrive. Ma hâte se mue en angoisse. J’espère que la cérémonie lui convient.
Le cortège avance lentement, bien trop lentement.
Au bout d’un moment, alors que la mélodie s’achève, une main vient se poser sur mon épaule. Je me retourne pour faire face à Sylvain, les yeux pleins de larmes. Mon regard se détache de lui, et je vois, à quelques pas dans l’allée centrale, la procession qui s’est arrêtée.
Six hommes sont debout, avec, sur leur épaule, un immense cercueil décoré de centaines de photographies de Caesar. Posant un genou à terre, les hommes déposent soigneusement leur fardeau sur un socle de bois, laissant apparaitre le corps sans vie de ma femm
Erza est si belle malgré le temps qui a passé. Avec ses yeux clos et ses traits détendus, elle parait reposée. Bien que ses rides et ses cheveux blancs témoignent de son âge, elle me parait jeune, inchangée, j’aurais aimé qu’elle préserve à jamais sa vitalité.
Je m’approche en titubant de la dépouille, et pose mes mains délicatement sur le rebord du cercueil pour admirer une dernière fois la femme de ma vie. J’aimerais qu’elle ouvre la bouche pour me parler, pour me dire qu’elle est encore là. Je l’imagine se levant soudain et me prenant dans ses bras. J’espère qu’elle va bouger la main ou juste cligner des yeux pour me signifier qu’elle n’est pas partie. Dans un élan d’espérance, je prononce son nom. Je me concentre sur elle et tente d’apercevoir me moindre mouvement, mais elle ne bouge pas.
Incapable de retenir mon émotion, je sens une larme couler sur ma joue. Soudain mal à l’aise dans mes vêtements, je transpire et je suffoque. Le souffle me manque quand une autre larme vient mouiller mon visage. J’ai comme un dragon qui se débat dans mon estomac, crachant le feu comme une furie. Mes jambes tremblent, fragiles, sous le poids de mon corps vieilli.
Sylvain est venu se pencher lui aussi sur le cadavre. Sa mère va lui manquer. Moi-même je sens déjà, insupportable, le poids de son absence. J’aimerais insulter la vie, pour avoir fait partir celle que j’ai aimé, alors que je suis encore là, et que j’ai encore tant de chose à découvrir avec elle. Dans un murmure à peine audible, j’entends mon fils lui dire qu’il l’aime.
Je voudrais profiter à jamais de ce moment, contempler son visage pendant le reste de ma vie. Le temps est trop court, et déjà le couvercle est prêt à être mis en place. Mais je reste, et du dos de ma main blanchâtre, je caresse son front. Le dernier contact avec sa peau. J’aimerais imprégner cette image à jamais dans mes yeux.
Je vois les ombres des gens venant se recueillir sur le cercueil, déposant des fleurs, des photos ou bougies sur une petite table. Morgane et Louise, les enfants de Sylvain, restent au côté de leur mère, tous trois en pleurs dans l’ombre d’un pilier.
J’entends les musiques passer, toutes plus tragiques les unes que les autres. Le temps s’écoule sans que rien ne vienne me perturber. Je me fiche du monde autour de moi, qu’ils pensent ce qu’ils veulent.
Au bout d’un temps bien trop court, je suis contraint de lâcher les pans de la robe d’Erza que je tiens fermement. Déjà. Un homme vient m’écarter du cercueil pour sa fermeture. Je suis loin d’elle maintenant. A jamais loin d’elle. Pourtant, j’aurais tellement aimé avoir un baiser de plus. Tant d’année ensemble et me voilà privé d’un dernier baiser. Je veux ce baiser. J’ai oublié de lui dire adieu. Mais je m’étais promis de le faire. La sueur coule dans mon dos, si j’attends trop, ce sera trop tard.
Soudain, je me précipite vers le cercueil, poussant au passage les retardataires, puis, me penchant tendrement sur son visage, je dépose un baiser sur son front.
Voilà, je l’ai fait. Je suis en paix. J’espère qu’elle l’est aussi.
« Je t’aime Erza. »
Glissant mes doigts ridés dans les siens pour la dernière fois, je m’écroule et déverse un torrent de larme sur le tissu blanc.
« Chaque jour je lutte contre mon propre corps pour me lever, mais chaque jour il me désobéit d’avantage, Erza. La seule chose qui me faisait vivre c’était toi. Qu’est-ce que je suis sans toi ? »
Jamais je n’aurais imaginé être le dernier de nous quatre, les Caesar. Nike était mort dans un accident de voiture, la veille de la sortie de notre troisième album. L’hommage mondial qui lui avait été rendu nous avait tous bouleversé, et nous savions que personne au monde ne pourrait le remplacer. Sans lui, nous n’étions plus aussi grands. Cependant, nous avons enregistré un quatrième album après une pause de six ans. Mathis avait épousé un mannequin et l’année suivante, il avait donné naissance à Clara, un futur prodige de la musique. C’était cette même année que j’ai demandé Erza en mariage. Quelques mois plus tard, malheureusement, Mathis se fit tuer dans son appartement à Paris, en pleine tournée, ce qui avait mis un terme définitif à la carrière de Caesar.
Le cœur lourd et la tête pleine de souvenir, je me sépare alors enfin de celle avec qui j’ai tant partagé, captant une dernière image de son visage.
Alors que le cercueil est scellé à jamais, je lis, gravé sur le couvercle de pierre, son nom qui sera pour toujours enterré :
« Erza Elisabeth Menori Lineard »