Le syndrome Lady Gaga

Publié le par sloche

Voilà un texte que j'ai écrit pour un concours qui devait présenter la vie dans le futur.

 

Le Syndrome de Lady Gaga


Même si l’humanité avait, dès l’aube de la naissance de la robotique, imaginé qu’un jour son écrasante suprématie, serait détrônée par des êtres fait de métaux et de circuit intégré, jamais aucun Homme n’avait vaincu la force des machines, avant qu’il ne soit trop tard pour revenir en arrière. Moult réalisateurs, théoriciens de l’apocalypse, et écologistes convaincus, avaient pourtant tenté de mettre fin à cette course effrénée vers la technologie, cependant chacun d’eux était respectivement passé pour « spéculateurs à gros budget », « cinglés », ou encore « sale écolo merdeux ». Quoi qu’il en soit, de nombreuses hypothèses étaient nées dans l’esprit collectif sur une éventuelle « fin du monde », et principalement de nombreuses histoires sur le surdéveloppement de l’intelligence artificielle, entrainant le soulèvement des machines contre l’humanité. Cependant, avec tous les progrès techniques, et même si les automates étaient de plus en plus pointus, la perte de l’humanité avait eu lieu à cause d’une machine courante et qui semblait pourtant relativement inoffensive : le grille-pain. En effet, alors que s’achevait la tant redoutée année 2012, et surement grâce à une subtile coordination mondiale de tous les grille-pains, le monde de l’Homme avait été réduit en pièces.

Bien que très discrets sur leur mode de communication, certains grille-pains avaient laissé entendre qu’ils avaient élaboré une technique de morse en faisant sauter les tartines.

Les rescapés de cet événement exceptionnel, avaient dans un premier temps étés enfermés dans des placards à balais et autres grandes armoires, en attendant une solution plus radicale pour les contenir, afin de procéder à diverses analyses.

Quand les machines à laver, les brosses à dents électriques, les ordinateurs et les tailles crayons automatiques se furent joints aux leaders internationaux, en l’an 23 après Sloche, les milliers d’humains cobayes restants sur la planète, furent alors stockés dans des hangars, branchés à des périphériques externes qu’ils appelaient entre eux « perfusions ». Pour les empêcher de réfléchir à leur condition et les rendre plus dociles, des jeux vidéo leurs avaient étés fournis, ainsi que des grilles de sodoku. Enfin, pour parachever le lavage de cerveau, d’énormes enceintes diffusaient en permanence ce que certains avaient un jour appelé « musique » de Lady Gaga.

C’est en l’an 42 après Sloche que mon histoire commence. Conçu par un aspirateur évolué et un tournevis électrique de cinquième génération, je me suis tout de suite tourné vers l’élevage d’humains, devenant ainsi l’un des grands gérants de l’agriculture mondiale. Même si la conversation fut dans un premier temps difficile avec mes animaux, le dialogue fut plus aisé quand j’appris à leur écrire ce que je voulais leur transmettre. En effet, le principal but des expériences sur les Hommes étaient à présent de comprendre leur faculté de paroles, que nous robots étions incapable de reproduire. Depuis nos débuts, nous avions développé beaucoup de leurs caractéristiques, comme nous greffer des bras ou des jambes, mais des progrès restaient encore à faire.

Un beau jour, alors que je surveillais mes bêtes à l’ouvrage, un petit humanoïde, appelé « enfant » s’approcha de moi avec Mike, le crayon électronique. L’enfant commença à balader Mike dans tous les sens sur un morceau de papier.

« Je m’ennuie. »

Même si j’en fus choqué, je ne laissais paraitre aucune émotion sur mon corps métallique. Mike s’approcha de moi, se brancha à l’un de mes ports, et commença à répondre à l’enfant, en écrivant ce que je lui dictais moralement.

« Je ne comprends pas, enfant. Tu as de quoi jouer. »

A peine eu-t-il lu ma réponse que l’enfant saisit Mike.

« Je ne veux pas jouer.»

« Je suis sûr que tu veux jouer. Regarde, d’autres membres de ton espèce jouent dans l’aile ouest. »

« Oui mais j’ai déjà joué à leur jeu. Je veux faire autre chose. Et je n’aime pas le bruit. »

Pendant un instant, je regrettais l’époque où les humaines étaient terrifiés rien qu’en entendant le mot « grille-pain ». Maintenant qu’ils n’avaient plus peur de rien, la profession représentait bien moins d’intérêt.

« Le bruit que tu entends est la musique de Lady Gaga, tu devrais l’aimer. »

« Non, je veux autre chose. On écoute tout le temps ça. »

Ainsi donc, la merveilleuse entreprise de l’élevage des Hommes allaient échouer à cause d’un gamin qui n’aimait pas Lady Gaga... Se pourrait-il qu’une erreur de calcul sur un cerveau mette en péril tout le fondement de la société robotique ?

« Nos mathématiciens ont définis Lady Gaga comme étant la distraction sonore la plus appropriée à ton espèce. On ne discute pas les algorithmes. »

« Mais moi je ne veux pas, je n’aime pas. Et puis pourquoi y’a-t-il des barreaux aux fenêtres ? Pourquoi est-ce que le lundi, les toilettes sentent la fraise et que le mercredi, elles sentent la banane ? Pourquoi les lumières s’éteignent-elles à neuf heures le soir ? Pourquoi est-ce interdit de manger nos crottes de nez ? »

« Tu poses trop de questions, enfant. »

« Pourrais-je pour une fois, sortir d’ici et visiter les lieux dont on nous parle en histoire ? »

Ne sachant plus quoi répondre, je me tournais et repartis de l’espace d’échange, en laissant Mike achever d’écrire ma dernière phrase :

« Je vais en calculer. »

A peine étais-je ressorti du hangar de sauvegarde, sur je me précipitais pour voir Rob, le grand patron. Rob était un chic radioréveil, de bonne famille, mais qui avait des principes forts et dont il ne démordait pas. C’est donc hésitant que je frappais à son couvercle, et quand celui-ci s’ouvrit, j’eu même peur de me connecter à lui pour lui parler.

« Bonjour Joe.

_ Bonjour Rob.

_ Que me vaut l’honneur de ta visite ?

_ J’ai… Détecté un membre rebelle dans le troupeau. Il pose des tas de questions, il veut sortir, et pire… Il n’aime pas Lady Gaga !

_ C’est impossible !

_ C’est ce que je lui ai dit. Dois-je le supprimer ?

_ Non, cet événement pourrait inquiéter les autres, surtout ses géniteurs.

_ Que dois-je faire dans ce cas ?

_ Il se passe ce que nous craignions le plus, Joe.

_ C’est-à-dire ?

_ La conscience humaine regagne leurs organismes. D’autres soulèvements de ce genre ont eu lieux dans d’autres centres, pourtant des améliorations avaient étés faites, mais l’un d’entre eux n’aimait pas Justin Bieber. 

_ C’est impossible !

_ C’est ce que je leur ai dit. »

La situation devenait gênante.

« La situation devient gênante. » me transmit Rob.

Il fallait à tout prix trouver une solution pour empêcher les humais d’être contaminés.

« Il faut à tout prix trouver une solution pour empêcher les humains d’être contaminés.

_ C’est ce que je me disais justement. »

Chez les robots, toutes les pensées étaient programmées et calculées,  il était donc pratique d’avoir tous le même mode de réflexion et de ne jamais avoir un avis contraire, car il aurait été contre la logique.

« Doit-on en conclure qu’il faudra éliminer tous les humains ?

_ C’est une solution quelque peu…

_ Radicale ? Certes.

_ Mais nous avons besoin d’eux pour nos recherches. Que faire ?

_ Sans Lady Gaga ni Justin Bieber, nous sommes perdus. »

La perspective que tous les plans si ingénieux élaborés jusqu’ici pour contenir l’espèce humaine échouent à cause de deux faiseurs de bruit était tout simplement trop effrayante pour être envisagée.

« Nous devons... »

Je savais que Rob savait que je savais ce qu’il pensait. Il fallait les…

« Libérer. »

« Ah zut Rob ! Attends que j’ai fini de penser avant de parler ! » pensais-je.

Cependant, l’heure était grave pour l’ère naissante des robots, et la situation désespérée ne semblait proposer aucune issue. On ne pouvait décemment pas libérer les humains, il y avait bien trop de risques qu’ils reprennent le contrôle de la planète. Cela aurait été dramatique.

« Essayons de les faire sortir du centre. Une seule fois, pour voir. »

Le lendemain, l’élite militaire des distributeurs à glaces automatiques avait été réquisitionnée pour surveiller la sortie exceptionnelle du troupeau. Exactement six-cent-soixante-six humanoïdes étaient allés visiter le Palais Omnisport de Bercy.

« Sont-ils capables de vivre avec nous ? demandais-je à Rob, tout en étudiant le comportement du bétail depuis une loge, et même si je connaissais la réponse qu’il allait me donner.

_ Ils nous ont développés, Joe. Mais ils ne pensent pas logiquement, ils se disputent et veulent toujours avoir raison. Comment de tels êtres ont-ils pu nous créer avec une logique qu’ils n’ont pas ? Et comment peuvent-ils ne pas aimer Lady Gaga ?

_ Je ne comprends pas non plus, Rob. C’est vrai ça, comment peut-on ne pas aimer Lady Gaga ? »

Mon processeur n’arrivait pas à comprendre une telle énigme, si bien qu’Eddy et moi en vîmes à bugger pendant une semaine entière. Si les techniciens calculettes n’avaient pas étés là, notre plantage nous aurait été fatal.

C’est alors que nous comprîmes, que la nouvelle de ce désastreux constat ne devait en rien se répandre dans le monde de la robotique. Mais il était trop tard, les humains contaminèrent les distributeurs, puis les laves vaisselles, les caméras, puis la nouvelle se répandit à l’informatique, et en quelques jours toute la robotique au monde fut plantée. Aucun processeur n’avait résisté à l’erreur de logique des humains, à part Rob et moi qui refusions d’y penser.

Quand toutes les machines au monde eurent trépassées, et que même les techniciens furent réduits à néant, il ne restait plus qu’un radioréveil et une friteuse pour contrôler les humains. Lorsqu’un jour les Hommes réussirent à s’échapper de leurs centres, ils reprirent le contrôle de la planète, et nous placèrent, Rob et moi, dans une prison de robot, dont nous demeurons aujourd’hui encore les seuls habitants, et pour se venger, les humains nous passent sans cesse des musiques de Lady Gaga.

 

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Publié dans Textes

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